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Refus de rencontrer un médiateur : une première sanction prononcée

Refus de rencontrer un médiateur : une première sanction prononcée

Publié le 22 avril 2026
Par Exaucée PANZU

Refuser de rencontrer un médiateur peut désormais avoir des conséquences concrètes. Une décision récente du Tribunal judiciaire de Paris, rendue le 5 février 2026 (n° RG 24/09128), en apporte une illustration claire : une amende civile a été prononcée à l’encontre d’une partie qui ne s’était pas présentée à une réunion d’information sur la médiation, pourtant ordonnée par le juge.

Contexte

Dans cette affaire, les parties avaient été convoquées à une réunion d’information sur la médiation. L’une d’elles ne s’y est pas rendue, sans justification. Le juge a considéré que ce comportement constituait un manquement aux obligations procédurales et a décidé de le sanctionner.

Cette décision s’inscrit dans un mouvement plus large de valorisation des modes amiables de résolution des différends, récemment renforcé par le décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025, entré en vigueur le 1er septembre 2025.

Ce décret  prévoit désormais que le juge peut enjoindre aux parties de rencontrer un médiateur ou un conciliateur afin d’être informées sur le déroulement de la médiation. Cette réunion d’information constitue une étape préalable destinée à permettre aux parties de se prononcer en connaissance de cause (article 1533 du Code de procédure civile).

De plus, la partie qui, sans motif légitime, ne respecte pas cette injonction peut être condamnée au paiement d’une amende civile pouvant aller jusqu’à 10 000 euros (article 1533-3 du Code de procédure civile).

Médiation : démarche obligatoire ou volontaire ?

L’objectif n’est pas d’imposer la médiation, qui demeure un processus volontaire, mais d’assurer que les parties prennent réellement connaissance de cette voie amiable. La réunion d’information, généralement courte et gratuite, vise précisément à éclairer les parties sur les avantages et le fonctionnement de la médiation, sans les contraindre à y recourir.

L’essentiel de la décision du Tribunal judiciaire de Paris du 5 février 2026

Par cette décision, le juge envoie un message clair : les démarches amiables doivent être prises au sérieux. Refuser sans motif de rencontrer un médiateur peut désormais peser dans la procédure. À l’inverse, accepter cette étape permet souvent de mieux comprendre le litige, d’ouvrir le dialogue et, dans certains cas, d’éviter un contentieux long et incertain.

Elle confirme ainsi une tendance de fond : la médiation s’impose progressivement comme un outil central de résolution des litiges, non plus seulement encouragé, mais véritablement intégré au parcours juridictionnel.

Focus sur la médiation de la consommation

La médiation de la consommation offre à cet égard un point de comparaison utile. Si ce régime repose sur une logique différente, il témoigne de la même volonté du législateur de ne pas laisser la médiation à la seule bonne volonté des parties. En effet, le consommateur dispose du droit de recourir gratuitement à un médiateur (art. L612-1 C. conso.) et le professionnel a l'obligation de permettre l'accès effectif à ce dispositif (art. L616-1 et s.).

L'ouverture d'une médiation n'est pas formellement obligatoire pour le professionnel, mais un refus systématique peut être regardé comme une entrave au droit du consommateur d'accéder effectivement à ce mode de résolution. Le professionnel s'expose alors à se voir reprocher de ne pas respecter ses obligations légales.

Les mécanismes varient, mais l'objectif est identique : que ce soit en droit commun ou en droit de la consommation, ignorer la médiation devient de plus en plus difficile sans conséquence.